JE M’APPELLE BAGDAD

De Caru Alves de Souza
Sortie le 22 septembre 2021

Bagdad est une skateuse de 17 ans qui vit à Freguesia do Ó, un quartier populaire de la ville de São Paulo, au Brésil. Bagdad skate avec un groupe d’amis masculins et passe beaucoup de temps avec sa famille et avec les amis de sa mère. Ensemble, les femmes qui l’entourent forment un réseau de personnes qui sortent de l’ordinaire. Lorsque Bagdad rencontre un groupe de skateuses féminines, sa vie change soudainement.

Note : 2.5 sur 5.

Prologue anarchique

Flottant dans des vêtements oversize, Bagdad (Grace Orsato) monte sur sa planche de skate et ride au ralenti. Des flashs de soirée et d’agression sexuelle se juxtaposent au rythme de Manifestación de Bronquio ft 41V1L. Pas le temps d’identifier clairement cette jeune brésilienne, qu’elle tague « Va te faire foutre » en rouge sang avant de sortir du champ. Quand on la retrouve c’est dans un skatepark, où elle passe le plus clair de son temps avec sa bande d’amis. Mais c’est depuis une rampe, à distance telle une spectatrice, qu’elle se tient pour les filmer. D’apparence réservée et calme, elle se montre ferme et pédagogue pour remettre l’un de ses camarades aux propos sexistes à sa place. De cette introduction prosaïque ressort donc un point de vue intéressant sur la jeunesse brésilienne qui revendique ses droits et sa place : bien que difficile à cerner, Bagdad se laisse glisser là où sa planche la porte, mais ne fera aucune concession si on lui manque de respect.

2020’s au Brésil

Primé à la Berlinale 2020, Je m’appelle Bagdad n’est pas un manifeste sur le féminisme de nos jours, mais Caru Alves de Souza, la réalisatrice interroge plus ou moins adroitement la place des femmes en milieu urbain, et leur juste valeur. Le look androgyne de Bagdad déstabilise par exemple toutes celles et ceux qu’elle croise, de ses amis, à sa famille en passant par des policiers ou encore à des chauffeurs de bus. La jeune femme est sans cesse obligée d’affirmer qui elle est : une skateuse passionnée.  Elle exprime ainsi régulièrement son ras le bol de ne pas être prise au sérieux pour le simple fait d’être une femme, ou d’avoir à se réapproprier les espaces pour skater en paix avec d’autres filles.

D’autre part, le film oscille étrangement entre 90’s de Jonah Hill et The smell of us de Larry Clark, puisqu’il est notamment question ici d’une héroïne qui cloisonne sa vie en deux. En effet, Bagdad voit d’un côté sa bande de skateurs avec qui elle se défonce, et de l’autre sa famille, composée uniquement de femmes très féminines et soudées. Cependant, même en la suivant dans son quotidien, on n’obtient pas plus d’informations à son sujet, si ce n’est que sa sœur cadette a une réelle obsession pour Mars… Elle a hérité de l’aplomb, de sa mère et de sa tante, patronnes d’un petit institut de beauté et d’un bistrot, malmenées par des clients machos. Malgré son bagout, il manque à Bagdad un objectif concret et un réel enjeu dramatique pour être en empathie avec elle.

Slice of life

Ce ne sont pourtant pas les scènes de conflit qui manquent, mais j’ai pourtant l’impression que Bagdad n’a pas de véritable progression dramatique. Quand elle ne doit ni revendiquer fièrement d’avoir des poils sous les aisselles, ni de savoir tenir sur une planche à roulettes, elle vivote ici et là sans réel but ce qui peut être un peu frustrant. Elle entame un documentaire sur son entourage, mais n’en fait rien de concret alors que le temps continue de filer doucement. Difficile de saisir la durée exacte de ce récit entre le coming of age et la « tranche de vie » un peu trop anecdotique.

D’autre part, il n’est presque pas un plan sans qu’un skate ne soit mentionné ou montré. Tout le film ne parle que de ça ou presque, et pourtant les nombreuses scènes filmées au skatepark sont, en plus d’être répétitives et lassantes, peu impressionnantes techniquement et visuellement.

Le film offre toutefois une vision poétique et actuelle de la situation des jeunes brésiliennes, sans virulence ni manichéisme outrancier, mais où la sororité est de mise pour se faire entendre et respecter.

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